Les news de Fab #19


I have a DRHEAM...


Nous avions un rêve: participer à la Drheam Cup Open de France de Course au large 2020 et donner de la visibilité au handicap.

Nous l'avons réalisé doublement en étant au départ le 19 juillet et en arrivant premiers en temps réel dans notre catégorie!


Merci à nos partenaires l'UNEA et AD Ingé, rescapés de cette situation sanitaire sans précédent!


Merci à mes équipiers Mathieu laperche et Luc Giros acteurs de cette réussite!


Merci à Jacques Civilise créateur de ce bel événement, qui s'est battu brillamment pour maintenir cette troisième édition au programme des épreuves de courses au large dans cette année compliquée!

Drheam Cup Open de France de Course au Large 2020: le récit




Au mouillage à Locmariaquer avec Eric Angier de Lohéac




Rappelons tout d'abord que la course restée incertaine très longtemps est confirmée un mois avant le départ qui est lui-même avancé au 19 juillet.


Tout reste alors à faire en un temps record:


Etablir un contrat de location du bateau

Naviguer sur le bateau pour en évaluer l'état général et apporter les modifications nécessaires

Faire l'état des lieux des partenaires qui nous soutiennent encore et en trouver d'autres si besoin

Trouver un équipage de marins en situation de handicap

Mettre le bateau aux couleurs de Team Vent Debout

Rassembler les éléments de la longue liste de matériel de sécurité


Nous avons un atout majeur pour ce challenge: l'expérience de la Route du Rhum 2018 et un bateau qui ne navigue plus, quasiment identique à celui-ci, et qui possède encore une bonne partie de son équipement pour la course au large.


En quelques semaines et de nombreux aller et retour entre Rennes où je réside, Saint-Malo où se trouve le container de matériel de mon bateau, Hennebont le chantier où est stationné ce dernier et Locmariaquer où se trouve le bateau loué (au mouillage, sinon ce serait trop facile) le défi est relevé.

L'aide ponctuelle de Mathieu et Luc (eux-même engagés sur d'autres activités à cette période) et l'appui précieux de Eric Angier de Lohéac qui est venu spontanément nous prêter main forte suffisent à relever le défi.

Eric lui-même concerné par le handicap espérait faire partie de l'équipage mais un impératif familial l'en a empêché.

Le résultat est là nous sommes au départ le 19 juillet à Cherbourg!

Je vous l'accorde d'après les photos nous n'avons pas pu supprimer tous les logos en place qui dataient du projet précédent, mais le bateau est prêt avec beaucoup d'éléments de mon ancien bateau pour tout ce qui concerne le matériel de sécurité, les voiles, l'électronique, l'accastillage.

Fortune de mer



L'équipage du convoyage vers Cherbourg avec Christophe Huchet et Luc Giros

En quittant le mouillage de Locmariaquer


Pompage du compartiment avant.


Le sens de fortune de mer n'est pas celui qu'on croit, on devrait plutôt parler d'infortune et c'est de cette manière que l'aventure débute pour nous lors du convoyage entre Locmariaquer et Cherbourg...

Nous appareillons en fin de matinée du 14 juillet du Golf du Morbihan, avec Christophe Huchet, un ami qui a l'expérience du multicoque pour avoir navigué avec Jean Maurel (auprès de qui je travaillais en 2006 pour la direction de course de la Route du Rhum 2006) et Luc Giros qui découvre le Multi50, la météo est plutôt clémente avec un renforcement du vent dans la soirée mais de face (nous sommes de toute façon Team Vent Debout!)

Après le passage de l'île de Groix en fin de journée nous rencontrons une mer formée avec 20-25 noeuds de vent, le bateau avance bien toute la nuit sous voilure réduite en mode convoyage.

Au lever du jour nous avons déjà passé l'île d'Ouessant je suis à la barre et le comportement du bateau m'interroge, il me semble lourd et la vitesse ne correspond pas à ses performances habituelles, je m'apprête à renvoyer de la toile mais très vite je réalise que le bateau enfourne dangereusement jusqu'au capot de pont avant alors que la mer est peu formée!

Le bateau est en fait rempli d'eau dans la coque centrale sur un tiers de sa longueur!

La situation est urgente, pas encore critique, l'eau cependant commence à rentrer dans l'habitacle par le passage d'un tuyau et menace de noyer les batteries du bord...

Nous appelons le CROSS Corsen (centre régional opérationnel de sécurité et de sauvetage) pour leur signaler notre situation, nous ne sommes plus manoeuvrant à ce stade et représentons un danger pour les autres bateaux que nous pourrions croiser, nous ne demandons pas d'assistance tant que nous n'avons pas essayé de trouver une solution par nous-mêmes.

Heureusement les règles de sécurité ont encore évolué et impose la présence à bord d'une pompe électrique supplémentaire que l'on peut connecter sur les batteries avec un tuyau d'une longueur suffisante pour vider tous les compartiments du bateau.

C'est grâce à cette pompe (la pompe de cale de cette partie du bateau ne paraissant pas fonctionner) que nous pouvons maintenir le niveau d'eau au dessous du niveau des batteries.

Nous décidons de faire route au moteur sur le port de l'Aber Wrac'h, par chance il n'est qu'à 7 milles nautiques, la mer s'est calmée et le courant à ce moment de la marée n'est pas trop fort (le bateau rempli d'eau n'avance qu'a trois noeuds et le moteur n'est pas très puissant).

Fin de matinée nous sommes en sécurité à l'Aber Wrac'h, l'équipe du port nous réserve une place à quai et nous prête une moto pompe sans laquelle nous n'aurions pas pu évacuer rapidement les centaines de litres d'eau embarqués.

Nous constatons que le capot de pont avant n'est pas étanche et d'autres entrées d'eau au niveau des cadènes d'étais sont la cause de nos tourments...

Nous passons l'après-midi à étancher ces voies d'eau et le soir après un bon diner au restaurant nous reprenons la mer pour rallier Cherbourg.

Cette deuxième nuit de navigation et la matinée, se passent dans de très bonnes conditions et nous réconfortent de cette fortune de mer du jour précédent.

Nous arrivons à bon port le 16 juillet.


Départ de la Drheam Cup Open de France



Après 48 h à finir de préparer le bateau (nous collons encore les stickers de l'association et des partenaires la veille du départ, les conditions météorologiques au mouillage ne nous ont pas permis de le faire à Locmariaquer), nous sommes prêts, Mathieu Laperche nous a rejoint et nous pouvons répondre aux sollicitations des médias parce que parmi les 7 concurrents de la classe Multi 2000, nous sommes un peu la curiosité, un équipage entièrement concerné par le handicap, c'est une première dans le milieu de la course au large!






Au port de Cherbourg


Dimanche 19 juillet 13h le départ est enfin donné en direct sur France 3 Normandie, nous partons en même temps que les ultimes et les Multi 50 sur un parcours réduit qui n'ira pas au Fastnet au sud de l'Irlande faute de vent. Un point virtuel est à contourner dans l'ouest de l'archipel des Scilly.

Nous prenons le pire des départs de ma vie de régatier, nous avons fait des essais d'une voile de mon bateau en sortant du port et le vent déjà faible est maintenant tombé, nous nous faisons surprendre comme des débutants et le courant contraire pour rejoindre la ligne de départ a raison de notre moteur poussif, nous passons la ligne bien après le top départ mais le peu de vent nous place finalement au contact des autres concurrents et au vent de toute la flotte ce qui compense notre position.

Nous passons la bouée d'Omonville en troisième position de notre classe et entamons la traversée de la Manche dans des petits airs en sachant que le vent va tourner radicalement de l'ouest vers l'est.

En début de nuit nous atteignons la deuxième marque de parcours près des côtes anglaises il y a du monde autour de nous et nous sommes quatrième ou cinquième.

Le vent commence à monter, la voile légère que j'avais embarquée de mon bateau vient de se déchirer, nous l'amenons avant qu'elle ne se détruise totalement et nous renvoyons le gennaker que j'avais fait fabriquer par Armor Voiles et Gréement à Saint Malo pour la Route du Rhum, il est quasi neuf puisqu'il ne m'a servi que quelques heures de la bouée du Cap Fréhel aux Sept Iles en 2018.

Nous savons que c'est cette nuit dans le vent annoncé que nous allons pouvoir faire la différence avec notre bateau plus lourd que celui de nos concurrents.

Nous marchons aux alentours de 20 noeuds toute la nuit et nous retrouvons au matin près du Cap Lizard, nous nous recadrons sur la route après deux empannages et nous retrouvons dans l'après-midi au large des Iles Scilly au contact avec les premiers bateaux de la classe 40 dont Yann Lipinsky qui vient de battre le record du tour des Iles britanniques en solitaire, ce qui nous fait penser que nous sommes plutôt bien placés.

Le vent comme prévu tombe aux abords de la marque virtuelle que nous sommes les premiers à contourner de toute la flotte réunies sur ce parcours, nous sommes en confiance pour la suite, nous croisons avant la tombée de la nuit nos concurrents directs (No Limit, Guyader, Acapella) qui remontent péniblement vers le point que nous avons viré plusieurs heures auparavant.

Dans la nuit le vent revient et nous alignons encore de bonnes moyennes de vitesse sous gennaker.

Au matin le vent monte encore et nous devons rouler cette voile, prendre un ris et passer sous trinquette, mais avec des vitesses similaires, vive le multicoque!

Le passage sous la Chaussée de Sein est magique! Du vent, une mer argentée agitée par des courants violents et nous qui passons sans efforts à pleine vitesse dans ce tumulte grandiose!

Nous espérons alors arriver en fin d'après-midi vu les prévisions météo, c'est sans compter la pointe de Penmarc'h où à 1h près le passage à niveau se referme, le vent tombe totalement et nous perdons trois heures à essayer de nous sortir de ces bonaces, inquiets de voir revenir nos concurrents à des vitesses que nous n'avons plus...

Le vent revient finalement en fin de journée et nous rallions rapidement la baie de Quiberon pour franchir la ligne d'arrivée vers 22h premiers en temps réel!




Bravo à Mathieu Laperche et Luc Giros qui ont permis cette victoire sportive, cette victoire sur le handicap, cette victoire sur les préjugés concernant le handicap également.

Nous avons pu chacun avec nos contraintes respectives, en nous complétant, nous relayant, nous épaulant, mener un multicoque de 50 pieds au meilleur de son potentiel, c'est une première dans l'histoire de la course au large et nous pouvons en être fiers!

Merci à vous tous qui nous suivez, pour votre soutien vous êtes notre force.

A très bientôt nous l'espérons pour de nouveaux projets.



A l'arrivée à la Trinité sur Mer.